Avant Alexandra David-Neel, la France connat mal ses grandes voyageuses. Pourtant, aventurires, artistes, expatries, touristes, colon(e)s, militantes, premires femmes journalistes, ethnologues de terrain ou missionnaires, elles sont nombreuses avoir pris la route avant 1900 pour la Sibrie, le Sngal, la Chine, le Brsil ou la Perse et souvent triomph d'preuves impressionnantes.
Charlotte-Adlade Dard survit au naufrage du radeau de La Mduse, Louise Fusil, actrice franaise du Thtre imprial de Moscou, traverse la Brzina avec les armes napoloniennes en retraite. C'est un courage peu commun qui permet Jane Dieulafoy d'acheminer de Perse jusqu'au Louvre d'inestimables trsors archologiques.
Les rcits des premires voyageuses franaises s'inscrivent dans l'histoire du XIXe sicle, ce sicle d'expansion des connaissances et des territoires, de proslytisme culturel, social et religieux. Destines par les lois et les mentalits de l'poque plutt la vie domestique qu' l'aventure, ces auteures modestes comme personnes mais fires comme voyageuses, fondent notre littrature fminine du grand voyage o l'on dcouvre de vrais talents dans la double qualit de l'criture et du regard ainsi que d'exceptionnelles personnalits.
[voir la préface de l'ouvrage]



Entre les rcits des toutes premires voyageuses du XVIIIe sicle et celles, nombreuses, qui sont sur les routes vers 1880, l'esclavage s'est non seulement maintenu dans le monde mais parfois intensifi, puis a t aboli. Sur cette priode de presque deux sicles, toutes celles dont il est question ici ont vu des scnes d'esclavage. Leurs rcits soit le nient, soit l'approuvent, soit le condamnent. La diversit des informations et des attitudes selon les pays et les poques constitue la richesse de cet ensemble des commentaires recueillis dans les crits d'une cinquantaine de Britanniques, d'autant d'Europennes continentales et de quelques Amricaines.
L'objet n'est toutefois pas l'histoire de l'esclavage mais l'histoire des mentalits des femmes occidentales vis--vis de l'esclavage, fragment de l'histoire gnrale de l'esclavage.
Au dbut, ce sont surtout des aristocrates qui voyagent ou s'exilent, qui l'esclavage oriental des harems ou le servage des grands domaines russes semblent une condition naturelle une partie de l'humanit. Viennent ensuite des femmes qui se trouvent exposes au spectacle de l'esclavage de plantations aux Carabes et dans les tats du sud des tats-Unis qui se partagent entre l'angoisse, la rvolte et la dcouverte fascine des tropiques o l'esclavage est peru comme un supplment d'exotisme. Arrivent la fin, celles qui sont plutt dans la sphre des ides abolitionnistes, et celles qui commentent la situation d'aprs l'abolition avec toutes ses ambiguts.
[voir la préface de l'ouvrage]